Pour des décisions solides, la raison ne suffit pas

 

La prise de décision est au cœur du processus de coaching. Quand une décision est importante pour un client et qu’elle le rend anxieux, il peut l’apporter dans la conversation de coaching. Pour bien servir nos clients, nous devons être capables de les accompagner pour prendre des décisions solides : congruentes et durables.

Souvent, les clients mettent beaucoup de temps à réfléchir à une décision à prendre. Ils font la liste des pour et des contre. Ils rationalisent ou ils se laissent guider par ce qu’ils devraient faire plus que par ce qu’ils veulent vraiment faire. Ils sont animés par la peur et l’anxiété. D’autres peuvent être portés à prendre une décision rapide pour se sentir vivants, actifs et efficaces. Comme coachs, nous pouvons parfois avoir tendance à encourager une décision rationnelle et rapide pour notre client.

Un processus de décision guidé par la peur et l’anxiété, par des réflexes automatiques et par des références du passé est un processus réactif. Il peut même générer des réactions physiques comme une respiration courte, un rythme cardiaque rapide, des maux de tête, une diminution du flow sanguin au cerveau, des réactions qui viennent à leur tour réduire l’ouverture et la clarté de la pensée.

Les conséquences de telles décisions réactives s’observent dans les difficultés du client à s’engager pleinement dans l’option choisie : sa difficulté à se fixer des objectifs, son manque de confiance, son manque d’énergie, sa difficulté à être créatif, son stress, sa confusion et parfois sa tristesse ou sa colère.

Pour qu’une décision soit congruente, elle doit être prise non seulement avec la tête mais elle doit aussi faire appel à la sagesse du cœur et du corps. Si par exemple une décision réfléchie fait du sens rationnellement et que le client ressent un noeud dans l’estomac quand il y pense, il démontre qu’il a besoin de prendre plus de temps pour explorer ailleurs et autrement. Une décision congruente sera fondée sur un alignement du cœur, du corps et de l’esprit, comme trois partenaires essentiels en action.

Le corps apporte un éclairage et un soutien puissant dans la prise de décision; le corps sait et il ne ment pas ! Selon mon expérience, les clients, même les plus rationnels, sont ouverts à apprendre à se mettre à l’écoute de leurs sensations physiques. Ce faisant, ils se connectent à leurs émotions, ils nourrissent leur esprit et ils puisent dans leur sagesse profonde.

La présence au corps en pleine conscience permet au client de suspendre son bavardage mental et de se concentrer sur ce qui est le plus important pour lui. La présence au corps permet aussi au client d’être plus enraciné, plus centré, plus calme et plus serein.

« L’intuition peut être vue comme la manière par laquelle le cortex préfrontal nous donne accès à la sagesse du corps. Cette région reçoit de l’information de l’intérieur du corps, incluant les viscères- tels le cœur et les intestins- et utilise cet input pour nous apporter une message ressenti dans le cœur sur ce que nous avons à faire ou un « gut feeling » au sujet du meilleur choix . » (Traduction libre)

Mindsight : the new science of personal transformation- Daniel Siegel

Le coach qui accompagne son client dans une prise de décision faisant appel à l’intelligence corporelle doit lui-même être présent à son corps, faire confiance à son intuition, surveiller sa propre énergie pour rester neutre, ne pas être attaché à la décision à prendre et reconnaitre que son client a ses propres interprétations.

Au cours de ce processus, le coach prend le temps de clarifier et d’explorer différentes options, il soutient l’espace pour permettre un alignement cœur-corps-esprit et il est attentif pour distinguer les réactions automatiques des réponses conscientes du client. Bref, le coach demeure présent, conscient et au service du client.

Si la décision est prise, elle fera du sens pour le client, le stimulera pour sa mise en œuvre et lui procurera un sentiment de paix intérieure. La décision est durable quand le client est certain de son choix, qu’il ne ressent pas le besoin d’explorer d’autres options, qu’il sait que sa décision est valable, faisable et concrète et qu’il se sent prêt et motivé à la mettre en œuvre. Si la décision n’est pas prise suite à un tel processus de coaching, le client aura obtenu un nouvel éclairage utile.

Le client pourra ensuite se servir de cette expérience vécue en coaching comme d’une ressource pour approfondir sa réflexion ou pour consolider sa décision. Il sera capable de faire appel en toute confiance à l’intelligence de son corps pour des prises de décision ultérieures.

Texte inspiré et adapté du Manuel de formation de Marlena Field, Prise de décision- Méthode de coaching intégré centré sur le corps

Pour en savoir plus sur cette méthode et sur la formation :

www.body-centeredcoaching.com

http://icfquebec.org/article/347

 

Développer l’enracinement pour le changement

Développer l’enracinement pour le changement 

traduit de Amanda Blake, Embright.org

« On peut tout enlever à une personne, sauf une chose : la dernière des libertés humaines- celle de choisir son attitude en toute circonstance. »

Viktor Frankl, Man’s Search for Meaning

CRÉER LE CHOIX  ET  LA CAPACITÉ DE CHOISIR

Ce n’est pas inhabituel d’entendre les gens dire des choses comme « tu peux toujours choisir ta réaction face aux évènements,» ou encore « si elle veut se fâcher, c’est bien son choix.» Ces affirmations ne sont pas complètement erronées, mais cela ne donne pas l’image complète. Chacun de nous avons eu des expériences lors desquelles nous ne sentions aucunement que nous avions le choix de notre réaction émotionnelle. Fréquemment, nous avons plutôt l’impression que c’est l’émotion qui nous choisit !

Mais la plupart de nous avons aussi eu des expériences où nous avons vraiment choisi notre réaction. Peut-être était-ce une situation où nous avions toutes les raisons d’être en colère et nous avons choisi de laisser tomber. Ou à ce moment où nous avions vraiment eu peur mais nous avons choisi d’être courageux face à notre peur. Ces expériences démontrent qu’il est possible de choisir nos réactions aux circonstances, même si nous ne le sentons pas toujours comme ça.

Alors, qu’est-ce qui rend le choix possible ? Je crois qu’il faut au moins deux choses :

LA CONSCIENCE crée LE CHOIX

 LA PRATIQUE bâtit LA CAPACITÉ

Si vous n’êtes pas conscient de vos habitudes naturelles, vos tendances conditionnées et vos stratégies d’adaptation, en terme pratique, vous n’avez vraiment aucun choix par rapport à celles-ci. Ces patterns de longue date sont profondément enracinés et seront activés automatiquement, sans aucune direction consciente de votre part. Devenir conscient de ceux-ci est la première étape vers le changement.

Toutefois, c’est seulement la première étape. Vous pouvez être très conscient que vous êtes en colère ou dans la peur, et quand même n’avoir aucune capacité de changer votre vitesse de réaction. Pour bâtir cette capacité, vous avez besoin de pratiquer un différent état d’être. La répétition fréquente dans des environnements à faibles enjeux est la manière par laquelle le corps (comme le cerveau) apprend. Vous avez besoin de définir quelque chose de différent pour aller de l’avant, tout en incluant des stratégies pratiques à mettre en action.

Mais la conscience et la pratique seules ne sont pas encore assez. Il y a un nombre de facteurs différents qui supportent l’apprentissage et le changement à travers le système nerveux vu comme un tout. Pour créer un changement profondément enraciné et durable vous voudrez mettre en action le plus d’éléments de neuro-plasticité possible.

Six éléments de neuro-plasticité

 Le terme neuro-plasticité n’est qu’une manière recherchée de référer à la capacité de changement du cerveau tout au long de notre vie, parfois selon des manières caractérisées par une flexibilité surprenante. J’ai lu d’innombrables études sur la neuro-plasticité et j’en retiens les six éléments de changements profonds suivants.

Relations : Notre cerveau prend sa forme quand on s’engage dans les relations. Il est vrai que tôt dans la vie et ce n’est pas moins vrai plus tard dans la vie, même si le processus de croissance ralentit considérablement avec l’âge. Notre système limbique est un système ouvert, ce qui veut dire qu’il est influencé et formé par la présence, l’absence et les interactions avec les personnes de notre entourage. Les auteurs Lewis et al. ont dit dans Une théorie générale de l’amour « Ça prend un système limbique pour changer un système limbique. » Les nouveaux apprentissages relationnels et émotionnels requièrent d’autres personnes pour prendre racine.

Engagement émotionnel : Les émotions fortes sont en corrélation avec la libération de neurotransmetteurs qui supportent l’apprentissage. La dopamine est libérée en présence du plaisir et de l’intérêt. L’adrénaline est libérée en présence de la peur. Les neurotransmetteurs (et autres) renforcent les connections entre les neurones, c’est ce qui nous aide à nous rappeler et à enraciner nos réactions apprises lors d’expériences précédentes. Les évènements faits d’émotions fortes prennent racine rapidement, parfois en un instant.

Attention : L’attention fonctionne comme un filtre, mettant en lumière ce à quoi vous portez attention et filtrant/retirant ce à quoi vous ne portez pas attention. Quand vous focalisez votre attention sur un point de vue particulier de façon répétitive les réseaux de neurones associés se développent avec plus de force. Par exemple, les personnes qui ont une pratique de méditation depuis des dizaines d’années ont un cortex préfrontal plus épais que ceux qui ne pratiquent pas la méditation. Après des années d’apprentissage de leur capacité d’attention, la structure physique de leur cerveau a changé.

Disruption : Aussi connue comme une ouverture somatique ou un claquage, la disruption interrompt des patterns neuro-musculo-comportementaux de longue date. C’est un aspect essentiel de l’apprentissage comportemental chez l’adulte. Sans la disruption, le mieux que vous pouvez faire c’est d’installer une nouvelle pratique ou un nouveau comportement à côté du vieux. Ça fait rarement le travail que vous avez besoin de faire, parce que le vieux comportement a été pratiqué depuis tellement longtemps et est tellement automatique – il va facilement prendre le pas quand vous serez sous toute forme de pression. Pour faire en sorte qu’un nouveau comportement ou une nouvelle manière d’être prenne racine, vous devez trouver une manière d’interrompre l’automaticité du vieux pattern.

 Pratique : Le cerveau apprend et prend sa forme physique à travers la répétition et l’immersion. Plus vous portez attention à quelque chose, et plus vous répétez une activité, plus elle s’enracine dans votre système nerveux. Toutefois, la répétition et la pratique doivent inclure un engagement émotionnel pour être efficaces. Si vous n’avez pas à cœur de la faire, la pratique a peu d’effet. (Pensez à écrire cent fois sur le tableau de la classe «  Je ne parlerai pas en classe » !!!) C’est essentiel de faire un lien entre ce que vous pratiquez et ce qui est important pour vous.

Mouvement : Le cervelet est cette partie du cerveau qui mémorise le mouvements procéduraux comme marcher ou conduire un vélo. Cette partie du cerveau est aussi engagée dans l’équilibre physique – et elle est aussi proche des centres émotionnels du cerveau. Inclure le mouvement dans votre pratique aide à faire de la nouvelle habitude une deuxième nature.

Application

Vous n’avez pas à avoir toujours ces six éléments pour que le changement arrive, mais plus il y en a qui sont incorporés, plus le processus de changement sera efficace.

Évaluez une pratique dans laquelle vous êtes actuellement engagé en lien avec les six éléments de neuro-plasticité.

Comment est-elle relationnelle ? Aurait-elle des bénéfices à être plus   relationnelle ? Si oui, que pourriez-vous ajuster pour qu’elle devienne une pratique plus connectée ?

À quel degré cette pratique s’accorde avec ce qui est important pour vous ? Comment pourriez vous articuler cela rapidement et simplement ?

À quoi spécifiquement cette pratique requiert-elle que vous portiez attention ? À quelle fréquence dirigez-vous votre attention sur cela durant une journée ?

À quel degré vous interrompez le vieux pattern, l’habitude naturelle ou la stratégie d’adaptation qui vous a fait trébucher dans le passé ? S’il doit y avoir plus de travail de fait à ce niveau, que ferez-vous ?

À quelle fréquence faites-vous votre pratique ? Est-ce que cela vous semble suffisant ? Si non, comment pourriez vous ajuster votre pratique pour que ce soit plus facile d’y ajouter des répétitions ?

À quel degré votre pratique intègre-t-elle le mouvement ? Pourrez-vous incorporer un mouvement, peut-être en changeant votre posture ou encore en y ajoutant un geste ?

Faites aussi cette évaluation pour les pratiques dans lesquelles vos clients sont engagés.

© Tous droits réservés 2016 Amanda Blake

Texte traduit avec la permission de l’auteure en mai 2016

par Hélène Morais

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